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2006 bekam ich für meine Übersetzung des Romans Fever von Leslie Kaplan den André-Gide-Preis der DVA-Stiftung verliehen (http://dva-stiftung.bosch-stiftung.de).


Die Preisverleihung fand am 28. November 2006 in der deutschen Botschaft in Paris statt.


Anlässlich der Preisverleihung hielt ich folgende Rede:



La traduction - un amalgame, une chimère, un mouvement infini


Pour commencer, je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont encouragée et sans lesquelles la traduction de Fever n’aurait pas été possible. Je remercie tout d’abord Leslie Kaplan pour ce livre, parce qu’il a été pour moi un véritable révélateur. Un grand merci aussi à Vibeke Madsen des éditions P.O.L et à Delf Schmidt de Berlin Verlag pour leur soutien, ainsi qu’à mes collègues Claudia Kalscheuer (qui a elle-même reçu le Prix André Gide en 2002), Barbara Heber-Schärer et Isabelle Liber qui m’ont accompagnée tout au long de mon travail sur le texte. Enfin, j’aimerais remercier le jury d’avoir choisi de me décerner ce prix, ainsi que la DVA-Stiftung qui soutient par ce moyen le travail des traducteurs littéraires.


Je suis d’autant plus fière d’avoir reçu ce prix que je me trouve encore au début de ma carrière. Il y a deux ans à peine, j’étais encore étudiante à l’université Heinrich Heine de Düsseldorf – la seule université allemande d’ailleurs à proposer un cursus complet consacré à la traduction littéraire. Depuis, j’ai eu la chance de pouvoir traduire huit ouvrages du français, de l’anglais et de l’espagnol. Et j’espère bien continuer dans cette voie !


C’est pour moi une immense surprise et une très grande joie de recevoir une telle distinction. Bien sûr, elle représente une sécurité financière non négligeable, dans un métier où les conditions de travail sont précaires. Mais elle me conforte aussi dans mes choix et me donne confiance en ce que je fais. Enfin, elle offre une occasion de sortir de l’ombre où les traducteurs littéraires sont bien souvent bannis. Mais puisque ce n’est pas seulement la traductrice qui est ici récompensée mais aussi et surtout la traduction, j’aimerais retracer son histoire en quelques mots : Ce n’est pas une maison d’édition qui m’a proposé de traduire Fever. J’ai choisi moi-même ce texte – ce qui est rarement le cas dans notre métier. Et j’ai ainsi pu constater que l’on ne traduit jamais mieux que quand on éprouve une vraie affinité envers le texte.


J’ai découvert Fever en janvier 2005. Je me trouvais dans une librairie à Paris, dans le cadre du programme Georges-Arthur Goldschmidt qui s’adresse aux jeunes traducteurs littéraires. J’ai commencé à lire les premières pages et le rythme du texte m’a tout de suite frappée. Puis j’ai lu la quatrième de couverture, je cite: « Fever est un livre sur le crime, mais la question, le suspense, n’est pas qui a tué – ça, on le sait tout de suite –, mais pourquoi ? Il s’agit de la folie,  mais une folie qui ne se voit pas, qui ne se dit pas, sauf justement dans le crime. C’est l’irruption violente de l’Histoire dans la vie de deux adolescents d’aujourd’hui. » À partir de là, l’écriture singulière de Leslie Kaplan et sa capacité à unir une intrigue d’aujourd’hui à l’histoire d’hier ne m’ont plus lâchée.


Le programme Georges-Arthur Goldschmidt auquel je participais prévoit aussi des visites dans différentes maisons d’éditions françaises et allemandes, et c’est ainsi que je suis entrée en contact avec Delf Schmidt, l’éditeur en charge de la littérature française chez Berlin Verlag. Intéressé par mon projet, il m’a chargée de rédiger une fiche de lecture et un essai de traduction qui l’ont convaincu.


Mais le véritable travail n’a commencé qu’ensuite: Le plus grand défi, en traduisant Fever, était de ne pas remplir les blancs que Leslie Kaplan laisse dans son texte. Il était extrêmement important de ne pas amollir son style elliptique et pourtant fortement évocateur, de parvenir comme elle à esquisser des situations complexes en quelques mots seulement, et de restituer le rythme, la fébrilité des phrases.

Le roman de Leslie Kaplan se caractérise également par une alliance entre fiction et documentaire. L’auteur mêle à l’intrigue d’une part la réflexion philosophique, notamment en faisant référence à la pensée de Hannah Arendt, d’autre part des citations issues des procès de Maurice Papon et Adolf Eichmann. Dans la mesure où la fiction, la philosophie et la réalité historique sont étroitement liées, il s’agissait pour moi de restituer cette imbrication avec le même naturel, par exemple en m’appropriant la théorie philosophique ou en prenant connaissance des documents d’époque.


Leslie Kaplan s’interroge donc sur la présence du passé dans notre quotidien.

Damien et Pierre, deux lycéens de Terminale, tous deux de bonne famille, tuent une femme choisie arbitrairement. Ils sont convaincus d’agir librement et de n’être conduits que par le hasard. Damien y voit même la preuve de leur innocence lorsqu’il dit : « Pour qu’il y ait un crime, il faut qu’il y ait une raison personnelle. Un motif, un mobile personnels. Mais si c’est par hasard… » Le meurtre commis gratuitement – au moins à première vue – est le point de départ qui permet de traiter la question plus générale de la responsabilité.


Bien que leur acte semble tout d’abord ne pas avoir de conséquences concrètes sur leurs vies, les deux protagonistes se trouvent peu à peu confrontés à l’angoisse, au cauchemar et à la nausée. Et le lecteur finit par se rendre compte que Damien et Pierre ont suivi inconsciemment les traces de leurs grands-pères respectifs : sous le régime de Vichy, celui de Damien a suivi des ordres – lesquels et jusqu'où on ne le saura pas. Celui de Pierre, issu d’une famille juive polonaise, rêve toujours en silence de venger les siens. Dans les deux cas, le passé est un terrain tabou, une affaire que l’on croit classée alors que le dossier n’a même pas été ouvert. À l’origine de la violence des garçons, il y a donc la violence refoulée de la génération des grands-parents, qui a pu se transmettre parce qu’on n’en parle pas. Un jour, le grand-père de Damien reprend avec un léger décalage les mots de Damien (à moins que celui-ci n’ait répété les paroles de son grand-père), je cite: « Pour qu’il y ait un crime, il faut qu’il y ait une raison personnelle. Un motif, un mobile personnels. Mais si on suit des ordres… » Dans cette scène clé se révèle le caractère contagieux de la violence quand elle est tue.


Le roman montre ainsi – sans le démontrer – comment le silence et le mutisme peuvent être à l’origine du meurtre. L’impossibilité et le refus de parler enferment l’être humain dans un cercle vicieux où il est impuissant. Ainsi peut-on comprendre les dernières phrases de Fever : « Peut-être on en crèvera, dit Pierre, de ne pas le dire. Il regarda Damien qui le regardait. Il ajouta: Mais on ne le dira jamais. Ils recommencèrent à courir. Ils courent. »


La traduction est aux antipodes de cela : elle a pour but de briser le silence et d’établir une communication entre deux langues, entre l’auteur, le traducteur et les lecteurs, entre le texte original et le texte traduit. C’est cela qui rend la traduction si fascinante : elle est hybride, hermaphrodite, c’est un amalgame, une chimère, qui ne peut être pure parce qu’elle s’inscrit dans un échange perpétuel, un mouvement infini.

Sonja Finck  | sonja.finck@gmx.de